08.02.2009
Courrier d'accompagnement au "colis recherche", à M. Nicolas Sarkozy
Depuis la mi-octobre, je participe à un collectif d'universitaires tourangeaux, qui, réuni une fois par semaine en Assemblée Générale aux côtés d'étudiants nombreux dès novembre, réclame du Ministère de l'Education qu'il retire, en préalable à toute discussion, sa réforme des concours de l'enseignement, et du Ministère de l'Enseignement Supérieur qu'il revienne sur son projet de décret réformant le statut des enseignants-chercheurs. Nous avons été (pas tout seuls quand même) pionniers. Nous avons voté des motions, pétitionné, manifesté, écrit des courriers, élaboré des contre-projets (car nous ne sommes pas de simples réacs refusant tout changement), fait cours dans la rue ; nous faisons une grève administrative lourde, et, depuis une semaine, une grève reconductible. Jamais je n'avais vu autant de collègues se mobiliser ausi fortement, au point que nous avons fini par renverser (faiblement) la vapeur et que ce sont désormais les présidents d'université qui commencent à exprimer leur désaccord à haute et (presque) intelligible voix.
Toute la semaine dernière, j'ai participé à (et, dans bien des cas, lancé) des actions diverses, dont une lettre ouverte au Recteur de l'académie d'Orléans-Tours, qui avait eu l'idée saugrenue d'envoyer le 29 janvier dans les universités une "note interne" demandant aux universitaires de fournir des noms d'étudiants en 3ème année susceptibles de faire cours en collège et lycée, car, après 21 000 suppressions de postes, oh, surprise ! il manque des quantités invraisemblables d'enseignants "à mettre face aux gamins", comme je crois qu'on dit. En parallèle d'une réforme qui vise à enlever tout contenu disciplinaire aux concours d'enseignement, à enterrer définitivement la notion de transmission du savoir, et à "précariser" les nouveaux recrutés, cette "note interne "avait de quoi scandaliser... Elle est aussi entre les mains des collègues de l'enseignement secondaire, et, progressivement, des parents d'élèves, dont on pourrait imaginer qu'une politique systématique et aussi visible de nivellement par le bas devrait les choquer... Nous verrons bien.
Demain midi, à la Poste centrale de Tours, une délégation d'enseignants-chercheurs de Tours va aller déposer, dans les boîtes aux lettres, des colis contenant articles et travaux de recherche divers, et adressés à l'Elysée.
Voici le texte de la lettre que je vais joindre à mon envoi :
Monsieur le Président,
Suite à votre discours du 22 janvier dernier, j’ai décidé de vous envoyer un choix de mes articles de recherche.
Feignant d’ignorer des instances aussi complexes et reconnues que l’AERES, les C.N.U. et les Conseils Scientifiques des Universités, vous prétendez que nous, enseignants-chercheurs, ne sommes pas évalués. Cela signifie aussi que vous vous substituez de facto à ces instances, en affirmant haut et fort l’incompétence et la nullité des chercheurs français. C’est pour cette raison que je vous envoie certains articles, dont certains des plus récents. Vous pourrez ainsi juger sur pièces à quel point c’est mauvais.
J’espère que vous me pardonnerez de ne pas avoir envoyé tous mes travaux, car, comme vous le savez certainement, je suis dans le même cas qu’une majorité de mes collègues chercheurs : ne disposant d’aucun financement, je suis contraint de financer sur mes fonds propres mes frais d’impression et de déplacement pour colloques.
Enfin, sur un autre point : il se trouve que je dirige un département d’anglais, fort d’une quarantaine d’enseignants-chercheurs, et où sont délivrés pas moins de six années diplomantes (sans compter les mentions et options, nombreuses) à plus de 500 étudiants. Je crois me rappeler les promesses d’un candidat à l’élection présidentielle, qui avait dit vouloir revaloriser le travail administratif des enseignants-chercheurs. Sachez que ma décharge pour cette tâche qui me prend environ 35 heures par semaine (en plus de mon activité d’enseignement et de recherche) est de 50 heures annuelles.
Dans l’espoir que vous me remettrez une évaluation de mes travaux dans les meilleurs délais (c’est-à-dire dans des délais aussi efficaces que ceux du CNU 11e section et de l’AERES), je vous prie de croire en l’expression de mes sentiments inquiets.
Guillaume Cingal
Comme nous sommes de plus en plus nombreux à le dire, depuis octobre : nous n'avons pas le choix ; de toute façon, c'est cela ou crever la bouche ouverte... Autant lutter...
21:36 Publié dans Orateur mité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27.01.2009
Valérie Pécresse cite Derrida (Jacques)
La soirée commence ; je me trouve entre les rayonnages de livres, les murs ; j'écris au bureau bas blanc dans la vaste bibliothèque. Je peux, de la fenêtre, contrôler régulièrement, constater l'immobilité de toutes choses dans la rue. Merles, accenteurs sont au repos ; les passants, les promeneurs de chiens n'arpentent plus les trottoirs. Des factures, des travaux à corriger, un pot à crayons "papillon" et une montre occupent les abords de cette étagère qui me sert de bureau et où j'entrepose mon ordinateur portable. Contre les genoux, les disques de jazz H à Z. (L'alphabet A à G se trouve derrière moi, au-dessus des rayonnages de linguistique & philosophie.)
Seule l'ampoule de la lampe d'architecte, au bureau en pin, éclaire la pièce, sans que je sois, pour autant, dans la pénombre. Le souffle chantant du chauffage accompagne mes pianotages. On peut dire que je me contente de peu, et, dans le même temps, j'ai tant face à moi -- entre autres, je me pavanais, me targuais de tant de projets inaboutis qui allaient renaître, on allait voir ce qu'on allait voir. (Se placer d'emblée sous le signe de la Dissolution était certainement une imprudence, pour ne pas dire pis.)
Contre les genoux, les disques de jazz H à Z. (Les disques de musique classique et contemporaine, aussi de "chanson française", se trouvent au salon, avec la chaîne HiFi.)
Hâtez le pas, les promeneurs de chiens !
21:25 Publié dans Orateur mité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Comme un sou neuf
La tempête a balayé le temps -- les jours s'égrènent lentement -- en tablier, sarrau, fichu de vieille dame -- pins couchés ou brisés.
La tempête a suspendu l'heure -- aux moitiés d'oranges, aux fleurs de rhétorique -- à combien le litre ? à combien l'espoir ?
Nos crépis creusés par le vent -- notre mémoire bafouée -- terrains saccagés, morts d'opérette -- coup de chiffon de la tempête.
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13.01.2009
Solution de continuité
Pour ébaucher ce nouveau carnétoile, dont j'espère qu'il aura au moins aussi longue et intense vie que Touraine sereine et Musicien masque de mots, ses deux ancêtres et compagnons d'infortune, j'aimerais me placer sous le double signe d'un texte que j'ai écrit il y a fort longtemps (treize ans, d'après de rapides calaculs) et d'un livre que je viens d'acheter, après avoir tergiversé depuis le mois de novembre, en partie parce que je n'avais pas le temps de le lire, mais aussi en raison de son prix (eh oui, il m'arrive d'avoir un oursin au portefeuille).
Le texte s'intitulait "Solution de continuité" et constituait la deuxième section de Flots (à moins que ce ne fût Féerie).
Le livre n'est autre que La Dissolution de Jacques Roubaud, dernier (et, qui sait, ultime (la 4ème de couverture est bien mystérieuse) ?) rejeton de son "Projet".
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